Tant qu'il se contentait de se croire beau et sexy, de faire le pitre et de se ridiculiser socialement de la plus risible manière, je le plaignais plus que je ne le détestais. Ce bien que sa présence physique soit quelque peu indisposante pour ses interlocuteurs préférés dans le labo : mes seins. Je suis assez grande pour me sortir seule de ce genre de situation - bien que la suggestion de mes collègues de m'offrir un T-shirt où un message du genre « Si tu lis ceci, tu es probablement *** » (où les astérisques remplacent évidemment le nom du goujat) m'ait beaucoup fait rire.

Mais là, on passe aux choses sérieuses.

Ses maigres attaques sur la Tour Eiffel et la politique française (que je vous épargnerai, n'étant pas d'humeur) n'étaient qu'une mise en jambe.

L., allemand, s'est vu gratifier deux minutes après l'avoir rencontré d'un discours sur l'Allemagne, qui devrait garder le profil bas, et les Allemands, qui devraient tous faire pénitence pour avoir été la nation à l'origine du nazisme, et L. lui-même d'ailleurs ne se sent-il pas constamment honteux ?

L. a éprouvé une grande fierté à avoir la présence d'esprit et le contrôle sur lui-même suffisants à empêcher son poing d'atterrir dans le grossier tarin du skater.

R., libanais, s'est fait accueillir un jour par l'annonce bien pensée et sans appel que, je cite, « Le Liban faisant naturellement partie de la Syrie, il n'y a pas de raison qu'il soit un État séparé ».

C'est d'ailleurs pour ce genre de raisons qu'Hawai et l'Alaska sont des territoires américains.

M., américain, s'est tout simplement vu violemment insulter et traiter d'anti-patriote, d'ennemi de la nation et de bolchéviste[1] car il ne soutient ni le grand GiBi ni la guerre en Irak.

Tant de tolérance m'autruche.

Sachez aussi qu'il a perdu sa virginité à douze ans (comme c'est intéressant !) et qu'il aime à le clamer à voix haute, après avoir réclamé l'attention de la tablée, après seulement une margarita.

(Mais s'il ne tient pas l'alcool, c'est uniquement parce qu'il a un très faible pourcentage de masse graisseuse.)

(On se demande d'ailleurs comment des filles comme moi peuvent jamais ressentir la moindre ivresse, avec tout ce gras sur le bide et les hanches.)

Toujours est-il que depuis, il ne couche qu'avec des top-modèles.

Et que mon cul, c'est du bouillon.

Notes

[1] Une insulte pire que communiste. Au fond, environ équivalente à traiter quelqu'un de nazi, sinon pire