Ah oui, donc, ma vie de thésarde (ou Quelques journées dans la vie d'une brique).

Les joies du doctorant sont simples. Regarder les barres de tes graphiques bouger dynamiquement quand tu changes les valeurs dans les cases correspondantes, par exemple, s'avère aussi captivant que les mouvements des feuilles mortes pour le chat moyen. Boucler sa quatrième page de tutoriel en syntaxe wiki (compter environ dix écrans par page) provoque des larmes de joies. Refiler un bout de projet à un élève innocent entraîne une danse de la joie dans ton bureau, bien qu'il faille perdre une matinée rien qu'à le mettre au parfum (l'élève, pas ton bureau qui sent bon le doctorant qui réfléchit, le feutre pour tableau blanc et les ordinateurs qui tournent).

Heureusement, parce que le reste du temps, c'est la panique. Déjà, y a un des gars qui ose soutenir sa thèse dans moins d'un mois. Oh, les jolis bouts de code à peine documentés qui te tombent sur le coin de la figure (aïe mais aïeuh quoi) ! Oh les jolis projets qui atterrissent sur ton bureau ! Oh les messages angoissés que le jeune homme émet à des heures indues sur la mailing liste du labo !

Ensuite, y a la Grappe[1] qui fait qu'à faire des siennes. Elle a été bichonnée, rénovée du matériel et briquée du logiciel, elle a marché comme neuve pendant une semaine et cette après-midi, elle a fait pouf. J'ai beau faire des blagues à la con, les deux tiers des utilisateurs du moment (à savoir, les deux autres) ont l'air surtout enclins à oublier ça dans l'alcool, et ça tombe bien, samedi, c'est Cinco de Mayo[2].

Et puis, entre nous, devoir modifier un programme tout écrit en C++ avec une dizaine de classes qui héritent les unes des autres au petit bonheur la chance (enfin, de ton point de vue, parce que vu la complexité du machin, ça marcherait jamais si ça avait été écrit au pif), quand tu ne sais pas programmer en C++, c'est pas la joie. Et, oui, non-geeks qui me lisez, c'est encore plus pire que ça en a l'air.

Enfin bon, c'est pas tout ça, mais on a enfin une fontaine à eau (avec un robinet qui sort de l'eau bouillante et un qui sort de l'eau glacée, un luxe impensable, et l'occasion de faire tout plein d'expérimentations rigolotes quand tu veux de l'eau à température ambiante parce que t'es rien qu'une fille bizarre qui voit pas l'intérêt de se dégommer les gencives et d'avoir des crampes d'estomac pour le plaisir d'un verre d'eau « si rafraîchissante »).

Notes

[1] traduction littérale de cluster, amas d'ordinateurs - ou plutôt de processeurs - sur lesquels on peut faire tout plein de calculs à la fois, trodlabal'

[2] fête mexicaine libéralement célébrée aux Etats-Unis, surtout dans le sud, qui, incidemment, commémore une victoire mexicaine sur l'occupation française, et ne me demandez pas ce que la France foutait à Puebla en 1862